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Exhibitions

Experimenting continuity

Cosmos a grandi doucement mais sûrement au cours des 7 dernières années. Si bien que nous sommes invités cette année à développer nos projets au sein des Rencontres de la photographie, et donc à faire face à de nouvelles réflexions et considérations sur notre environnement photographique.

Expérimentation et continuité sont les deux axes autours desquels nous souhaitions construire la perspective de ce nouvel espace.

Car nous aimons depuis toujours les expériences, et nous ressentons chez les artistes de la génération numérique une volonté d’éloignement très forte vis à vis des canons classiques. Cette génération d’artistes que nous avons accompagné depuis 15 ans contribue amplement à alimenter une histoire en écriture permanente.

Nous apprécions aussi la continuité confuse du monde de la photographie, qui en vertu des considérations économiques, stylistiques, historiques ou intimes, peut aussi être envisagée comme matière première pour l'expérimentation.

Alors pourquoi ne pas tenter de faire cohabiter expérimentation et continuité?

Pour la programmation 2015 du COSMOS Arles books, nous avons invité 10 structures (Institutions, galeries, commissaires d’exposition, éditeurs) à partager quelques-uns de nos questionnements :

Comment expérimenter des formes photographiques tout en dialoguant avec l’histoire qui les nourrit?
Comment décloisonner les registres classiques de la photographie ?
Quel modèle économique proposer pour répondre à un contexte de crise ?
Comment utiliser l’interactivité et le partage d’informations de façon dynamique et créative ?
Comment repousser les limites de la spacialité ?
Comment présenter un travail de recherche dans le cadre d’un festival ?


La réponse est constitué de 10 propositions, comme autant de nouveaux questionnements en écho des questions initiales. La continuité y est entrevue comme un fil conducteur de nombreuses pratiques pour les photographes contemporains. L’expérimentation est un héritage du 20ème siècle que le contexte numérique n’a fait que amplifier.

il n’est pas question ici d’exposition thématique ou générationnelle, mais d’un échantillon de projets et de manières d’inventer une relation à l’image et à l’édition sous toutes ses formes... des propositions qu’il nous semblait important de partager avec vous.



Projects

The Random Series by Miguel Angel Tornero (presented by Juan Silió Gallery)
Deserters by Stéphanie Solinas (presented by RVB Books)
Lick Creek Line by Ron Jude (presented by Gallery Robert Morat)
Twice by Cyrille Weiner (presented by edition 19/80)
Supravision: Photography and the Visual Servitude of the Unseen by Brad Feuerhelm (Presented by COSMOS)
At the Wall and Metropolis by Mame-Diarra Niang (presented by Gallery Stevenson)
Mold is beautiful by Luce Lebart (presented by Poursuite)
Images dissuasives by Samuel Gratacap presented by Temple

  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
  • Outtakes images from Lick Creek Line
Outtakes images from Lick Creek Line


LICK CREEK LINE
Un projet de Ron Jude
Présenté par la Galerie Robert Morat (Hambourg, Allemagne)  

Ron Jude est né à Los Angeles en 1965 mais a grandi à la campagne dans l’Idaho. Si les hasards géographiques influencent ou même déterminent la sensibilité, alors cette dualité américaine, entre l’urbain et le rural, entre le pays des images et le paysage d’un individualisme mythique, a imprimé sa marque sur l’imaginaire de Ron Jude.
Il ne tient aucun discours sur son travail ; sa puissance est subtile et provient de son sens de l’observation, celle d’un enfant sensible ayant grandi au milieu des trappeurs et des amateurs de voitures. Ron Jude prouve d’ailleurs que ces attitudes ne sont pas mutuellement exclusives. Son approche de la photographie est démocratique et nuancée, et il utilise aussi bien des photographies trouvées que des paysages, des portraits, ou même des clichés qu’il a pris adolescent.


Lick Creek Line prolonge la fascination de toujours de Ron Jude pour les aléas de l’empirisme photographique, pour la zone grise existant entre la documentation et la fiction. Dans un récit séquencé et ponctué par l’irruption de moments de violence et de grande beauté, Jude suit le parcours d’un trappeur vérifiant méthodiquement ses pièges dans un coin reculé de l’Idaho, dans l’ouest des États-Unis. À travers la convergence d’images de paysage, d’architecture, et de vacanciers de plus en plus envahissants, et celles mettant en scène le processus secret et solitaire de la chasse aux martes, Lick Creek Line souligne la nature trouble et culturellement arbitraire de toute critique morale.
Ce projet est traversé par un courant souterrain de mystère et de mélancolie qui fait écho aux deux livres précédents de Jude sur sa maison d’enfance en Central Idaho. Lick Creek Line constitue le pivot d’un regard aux multiples facettes constitué de trois parties qui, grâce au récit photographique, interroge l’inintelligibilité des lieux et du moi. Tandis qu’Alpine Star est une archive sociologique fictive et qu’Emmet explore les eaux boueuses de la mémoire et de l’autobiographie, Lick Creek Line adopte quant à lui, en un habile tour de passe-passe, la structure d’un essai photographique traditionnel.


SUPRAVISION: PHOTOGRAPHY AND THE VISUAL SERVITUDE OF THE UNSEEN (« Supravision : La photographie et la servitude visuelle de l’invisible») Un projet de Brad Feuerhelm (Londres, Royaume-Uni)
Présenté par COSMOS  
 
“In regione caecorum rex EST luscus”
“Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois”

Brad Feuerhelm is a photography collector, curator, dealer, and writer on photography. He is also a photographer.He has published several books on his collection and has exhibited his collection of photography widely.
In 2012, he published his first book with Self Publish Be Happy (Coll. MOMA, NY) and in 2013 he published his second book TV Casualty on the Kennedy Assassination and popular screen culture with Archive of Modern Conflict. He has contributed his writings and collection to Granta, British Journal of Photography, Photography & Culture, Art Review, Dazed & Confused, and American Suburb X. He has also promoted shows such as On the Ephemeral In Photography (Hotshoe, 2011), Haunting the Chapel: Photography and Dissolution (Daniel Blau Ltd., 2012), On Paraphotography: Uncertainty, the Uncanny & the Occult (Harlan Levey Projects, 2013), And Unnatural Selection: Nice Women Artists Respond to the Collection of Brad Feuerhelm for Unseen Photography Fair September, 2013.
In 2013, he has begun a partnership with MAPP publishing to promote selections from his collection in e-book format. The first publication in December 2013, The Genealogy of Mortals looks at his collection of photography and murder.
In September 2014, his collaboration with Anouk Kruithof, The Bungalow, was released. In November, 2014 he released Let us Now Praise Infamous Men with Paralaxe Editions. In Spring 2015 his collaboration with Marcin Dudek Diyaustria will be published. In Autumn 2015 his book The Family of Men will be released with Infinity Land Press.
Brad Feuerhelm is also Managing Editor for American Suburb X and a collector, curator, and writer based in London, UK.


The cult of vision has an unnatural relationship with photography, its false representations of truth, and the potential instruction for belief it enables. Portraits of the blind and that of belief systems offer a fallibility of sorts. In the for- mer, the representation of disability observed by the visibly able, offers a parallel system of opposition in which the subject observed is unaware of how their representation is interpreted by the design of their “disability”. The blind, in a culture awash with visible information, are not to be seen as infirmed, but could rather be seen as those with a vision which is super, or that above the visually un-impaired. The blind relay largely on all other sensory possibilities to see their world. Notations of echolocation, super-sensitivity, and extra auditory perception all account to promoting a supravision by the sightless.
Within religion and forms of spiritual belief, the sighted and the blind are equal amongst their ability to “see” their beliefs. It is this corollary practice of belief that the division of the sighted and the blind become coalesced into a fraternity of equality unencumbered by the notion of image.
The images presented in this collection look to examine the visual representations of the unseen, the blind, and the religious, and to correlate the notions of vision with that what spiritual belief systems desire to see. At the base of its instruction, photography is about the eye and vision. When we explore the notion of incompatibility within the normative qualities of vision, we may question further the relationship of document, sight, and the system of belief within spiritual dogma. Some of the images of the blind displayed are documents of the subjects engaged in acts like sculpture, or home building that under sighted condition, would be seen as a normal function. At the apex of blindness comes the supravision of act, when the subject is able to perform duties or creation that would under sighted circumstances be only slightly additive to that of the norm. These acts, without the use of sight may be inferred to as a spiritual engagement where the corporeal acts as a vessel for complete vision over that of the simple oculus.


AT THE WALL - METROPOLIS 
Un projet de Mame-Diarra Niang 
Presenté par la Galerie Stevenson (Cape Town / Johannesburg, Afrique du Sud) 
 
 
Mame-Diarra Niang est née en 1982 à Lyon, en France, et vit actuellement à Paris. Elle a grandi entre la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la France, avant de devenir photographe et artiste autodidacte. Dans ses créations, elle a choisi d’explorer le thème de la plasticité du territoire. Sa première exposition personnelle, Sahel Gris, a eu lieu à l’Institut français de Dakar, en 2013. Elle a participé à plusieurs expositions collectives, dont le Off de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar en 2014, et Piéton de Dakar à l’Institut français de Dakar, en 2013. Mame-Diarra Niang explore la plasticité du territoire dans sa série At the Wall and Metropolis. L’idée de citadelle, qui contient tout et tous entre ses murs, est centrale dans les deux ensembles d’œuvres qui constituent la série. Grâce à la juxtaposition d’images prises à Dakar et Johannesburg, Niang esquisse la cartographie d’une nouvelle ville, une ville qui prendrait place au sein d’un paysage mythologique. Les aplats de couleur et les perspectives ambiguës forment le matériau brut que l’artiste a utilisé pour construire et produire son territoire.


DÉSERTEURS
Un projet de Stéphanie Solinas  

Formée à la photographie à l’École nationale supérieure Louis-Lumière, docteur en arts plastiques, Stéphanie Solinas (1978, France) développe une œuvre variée (images, livres, installations...), foncièrement photographique, qui n’a de cesse d’interroger ce médium. Au travers de dispositifs et autres systèmes élaborés, sa pratique, tournée vers la figure de l’Autre et sa définition, explore la pensée à l’œuvre dans l’opération de « voir ». Son travail a fait l’objet d’expositions personnelles à la Maison Rouge (Paris), au FOAM (Amsterdam), au J1 (Marseille-Provence 2013), à la Société française de photographie, à l’église Saint-Eustache (Paris, Mois de la Photo 2014), etc. Il est présent dans les collections du CNAP, de la Bibliothèque nationale de France, du centre Pompidou/bibliothèque Kandinsky, du musée de L’Elysée, du musée Nicéphore Niepce, de Pier 24 Photography, des collections particulières. En 2013, Stéphanie Solinas a reçu le Prix Édouard Barbe (Prix des Collectionneurs, remis par le CNAC Le Magasin). Elle enseigne la photographie aux Beaux-Arts de Rouen/Le Havre (ESADHAR) et à Sciences Po Paris. Stéphanie Solinas vit et travaille à Paris.  

Déserteurs, un projet réalisé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, répertorie les reliquats des portraits photographiques de défunts qui ornaient les tombes du cimetière et que le temps a détruit. 379 « disparitions » ont ainsi été identifiées sur l’ensemble des 70 000 sépultures du Père-Lachaise, et photographiées. Sur chacune des images réalisées, sont gravées, à même le tirage photographique, en utilisant le système d’écriture tactile dit « braille », les coordonnées de géolocalisation de la tombe – comme un appel à « ranimer », par une visite, par un regard, cette identité qui se perd. Individuellement enveloppées de papier de conservation, les photographies sont ordonnées sous la forme d’un empilement devenant sculpture. Déserteurs fait écho aux œuvres de trois hommes illustres reposant au Père-Lachaise : Valentin Haüy (1745-1822), premier instituteur des aveugles, Félix Tournachon dit Nadar (1820-1910), fameux photographe portraitiste, et Alphonse Bertillon (1853-1914), inventeur de l’anthropométrie judicaire. Stéphanie Solinas a également photographié leurs tombes.


MOLD IS BEAUTIFUL
Un projet de Luce Lebart
Présenté par Poursuite


Historienne de la photographie, commissaire d’exposition et auteur, Luce Lebart est spéialiste de l’histoire des techniques et des procédés photographiques. Elle a notamment écrit sur la classification des nuages, la restauration des montagnes, la criminalistique, les glaciers, la phototypie, l’histoire des bases de données, les blocs erratiques, Eugène Trutat, l’histoire de l’archivage des photographies, Eugène Atget, le culte moderne des documents, Rodolphe Archibald Reiss ou encore la photographie, la cuisson et l’éternité.
Elle s’intéresse à l’expérimentation en photographie comme à l’esthétique du test, de l’essai et des altérations. Elle oeuvre à la reconnaissance de collections oubliées et a notamment édité La Guerre des gosses de Léon Gimpel (SFP-Rencontres d’Arles 2014) et publié avec Poursuite les livres Beautés d’archives, Souvenirs du Sphinx (Rencontres d’Arles 2015) et Mold is beautiful.  

Les moisissures sont les ennemies numéro un de l’univers de l’archive. Dans ce contexte, leur potentiel créatif est injustement négligé. Il est pourtant exploité depuis l’aube des temps par l’homme qui utilise le pouvoir transformant des micro-organismes pour faire son pain quotidien, son vin, sa bière et tous ses fromages. Dans le domaine du patrimoine, les moisissures sont avant tout des « facteurs de risques » et des « agents de dégradations » contre lesquels la lutte est de mise. Dans un texte de 1856 voué à encourager les rechercher sur la stabilité des procédés photographiques, le chimiste Victor Regnault, premier président de la Société française de photographie, insistait sur le fait que seul le temps pourrait juger de la permanence de tel ou tel procédé photographique.
De la même façon, c’est avec le temps que se déploie et prend forme l’ouvrage des moisissures. Merveilles de l'oubli, succès de la négligence et du désintérêt, ces images, abîmées par une inondation ancienne, ont été privées de la lumière du jour pendant des années. La solitude de leur confinement, ajouté au ressources organiques inhérentes à leur procédé (gélatine, fécule de pomme de terre), a fournit un terreau idéal à une prolifération créative aléatoire. Aujourd'hui offertes à la contemplation, ces images bouleversées nous rappellent combien les qualités esthétiques d'une photographie sont décidément indépendante d'une volonté artistique.
Luce Lebart


THE RANDOM SERIES
 
Un projet de Miguel Ángel Tornero
Présenté par Galerie Juan Silió (Santander) – Avec l’aide précieuse de Nicolàs Cambaro  

Miguel Ángel Tornero adore rôder dans certaines zones non spécifiées du « photographique ». Il s’agit à ses yeux d’un excellent point de départ à partir duquel il est à la fois possible de développer des lieux de connaissances ou d’émotions sinon de plus en plus difficiles à décrire, et d’établir de nouvelles relations avec son environnement. Né à Baeza en 1978 et titulaire d’une licence en arts plastiques de l’université de Grenade, Miguel Ángel Tornero vit et travaille à Madrid. Il a été en résidence au Künstlerhaus Bethanien à Berlin en 2010, à l’Académie espagnole à Rome en 2012-2013, et a reçu plusieurs grands prix pour son travail photographique : Grünenthal en 2011, Purification Garcia en 2007, ou encore ABC en 2003 et Generaciones en 2009. Il a réalisé de nombreuses expositions personnelles, dont Dear Unforeseen, en 2012, à la galerie Juan Silió de Santander, The Random Series – Berliner Trato – au Künstlerhaus Bethanien de Berlin en 2010, et So Far so Good, en 2007, à la galerie Luis Adelantado de Valence. Il a également participé à des projets organisés, entre autres, par Joan Fontcuberta, Charlotte Cotton ou Virginia Torrente. Il a récemment publié un livre de photographies, The Random Series – Berliner Trato Romananzo & Madrileño Trip (Barcelone, Editorial RM, 2014).  

The Random Series est un projet qui a consisté à répéter dans différentes villes un même exercice photographique. Cette série reflète une approche extrêmement inhabituelle de la photographie, de la ville, ainsi que du photographe lui-même. Au cours de son séjour dans chaque ville, Tornero a intensément et instinctivement photographié ses activités quotidiennes, accumulant ainsi une série d’images qui fournirait le matériau brut utilisé pour les collages numériques que l’on peut trouver dans le livre. C’est la curiosité et l’instinct qui priment dans son approche de la photographie et de la ville : mélange de flâneur, de touriste japonais (avec son obsession de tout documenter) et d’enfant, l’artiste récolte les informations de manière chaotique, presque inconsciente, sans les digérer, et surtout affranchi de toute convention. En un mot, il se comporte comme s’il découvrait le monde qui l’entoure pour la première fois. Au cours du processus de création de ces étranges collages numériques, Tornero a utilisé une erreur dans son logiciel qui n’était pas conçu pour « coudre » ensemble des images apparemment sans lien entre elles. Refusant de connaître les paramètres de copier/coller que le programme allait suivre, il laissa le hasard imprimer son rythme à la série. Le résultat final est donc largement le fruit du hasard. Dans le livre, cette approche a été radicalisée. Tout d’abord, le texte de Carlos Fernández-Pello est lui-même un collage qui, au cours d’un processus parallèle à la création des images, a été manipulé, traduit et retraduit sans aucune pitié dans différentes langues par Google Translate. Comme pour les images, le texte fourmille d’accidents syntaxiques et de déformations qui rendent toute lecture conventionnelle impossible, nous indiquant ainsi, peut-être, qu’il convient de faire particulièrement attention aux espaces que notre langage est incapable d’atteindre. La mise en page a elle aussi été abandonnée au hasard, et, avant que le livre ne soit relié, les pages de chaque exemplaire ont été mélangées : il s’agit donc de ce que nous pourrions appeler un livre déconstruit, dont chaque exemplaire est parfaitement unique.


TWICE
un projet de Cyrille Weiner
Présenté par les éditions 19/80

Né en 1976 et diplômé de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, Cyrille Weiner est établi à Paris. Il propose une interprétation libre des problématiques géographiques, urbaines et architecturales, au travers d’une pratique artistique qui questionne le pouvoir fictionnel et poétique du document photographique. Son travail a notamment été exposé au musée d’Art contemporain de Lyon, aux Rencontres d’Arles, à la villa Noailles à Hyères, au Centre de photographie de Lectoure, au Guangdong Museum of Art en Chine ou encore au Festival of Light de Buenos Aires. Il a reçu le Prix Rodolphe Hervé et Lucien Hervé en 2012. Il est l’auteur de Presque île (éditions villa Noailles / archibooks) et de Twice chez 19/80 éditions.  

  Cyrille Weiner développe depuis 2001 un travail photographique décrivant des territoires contrastés, situés entre nature et constructions urbaines, ou abandon et restructuration de sites. Par l’observation de ces zones intermédiaires, il engage une réflexion sur l’occupation de l’espace et le temps de sa transformation ; la façon dont l’individu s’y inscrit solitairement ou socialement, à la marge ou dans le cadre d’aménagements collectifs. Ces situations géographiques « entre deux » sont également vécues comme des respirations, des moments où le tissu urbain et son lot d’activités s’interrompent, ouvrant un vide où les habitudes perceptives et l’appréciation des espaces sont bouleversés. Les photographies que Cyrille Weiner réalise sur ces territoires traversés à pied deviennent un support de fictions. Il encourage leur lecture ouverte, et déconnectée de leur contexte d’origine, en construisant des scénarios qui prennent la forme d’expositions mises en scène, de projets éditoriaux et d’installations. Dans le cadre de la proposition présenté au Cosmos, il concrétise un projet évoqué depuis longtemps avec le designer Grégory Lacoua : concevoir un objet photographique hybride, à mi-chemin de la sculpture et du mobilier. Tous deux s’intéressent à la possibilité d’enrichir une relation au monde par la création d’objets et de situations dont l’identification incertaine appelle des usages inédits et ravive l’implication du corps et du regard. Trois photographies de Cyrille Weiner sont ici transférées sur des plaques de verres. Placées les unes derrière les autres, elles font apparaître un paysage flottant et poreux, à la fois naturel et urbain. Ce télescopage d’images rappelle l’effet de relief des anciennes stéreoscopies dont la présentation publique était destinée à un usage collectif. L’ensemble construit un espace de projection à la fois dense et cristallin que le regard traverse, réajuste et reconstruit à sa guise.  


IMAGES DISSUASIVES
Un projet de Samuel Gratacap
Présenté par Temple
 
Samuel Gratacap est né en France en 1982. Il est diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Marseille. Curieux de la réalité cachée par les chiffres de l’immigration, le jeune photographe pousse les portes du centre de rétention administrative du Canet en 2007. Il découvre un espace transitoire, le « 15-15 » pour reprendre l’expression d’un sans-papiers : « Quinze jours d’enfermement, quinze minutes de jugement. » Samuel Gratacap photographie des hommes en quête d’avenir, en quête de ce qu’ils appellent « la chance ». Il recueille aussi des témoignages qui le conduiront en 2010 à Lampedusa (Italie). Une manière de chemin à l’envers. Là encore, c’est le versant « honteux » de l’île italienne que Samuel Gratacap s’efforce de révéler. Ébranlés par le sort des naufragés, des habitants y rassemblent des objets échoués. À partir de ces documents trouvés, le photographe bâtit un récit subjectif qui le mènera toujours plus loin, à Zarzis, ville portuaire du Sud tunisien, puis au camp de Choucha, à quelques kilomètres de la frontière libyenne. À l’été 2013, lorsque les organisations internationales ferment officiellement le camp, les migrants n’ayant pas réussi à obtenir le statut de réfugié prennent le chemin de la Libye. Le photographe rejoint alors Tripoli où il poursuit son travail sur les lieux d’enfermement et les zones d’attente des travailleurs journaliers. Natalie Thiriez

En 2014, Samuel Gratacap entame un travail documentaire sur les liens entre les politiques migratoire et sécuritaire dans l’espace méditerranéen. Lors d’un reportage à Tripoli, il suit une milice dont la mission est de contrôler et d’intercepter de la drogue, de l’alcool et des armes en réalisant des checks-points improvisés dans les rues de la ville. La mise en scène est évidente, rien ne se passe. Certaines voitures font demi-tour en voyant les véhicules de SWAT postés au milieu de la route : pas de course-poursuite. Le rideau se lève. L’image de reportage se retrouve soudainement décalée, les pauses des personnages prennent le pas sur la mission initiale. Et si tout cela n’était qu’une mise en scène pour journaliste ? Et si ces hommes cagoulés étaient, l’espace d’une soirée, des acteurs de reportage, des images dissuasives ?


A SPACE ODDITY
présenté par GDM, galerie de multiples

La galerie de multiples est à la fois éditeur et diffuseur d'œuvres originales multiples. À l’occasion de COSMOS Arles Books, nous présenterons une sélection des photos éditées par la galerie de multiples. En tant qu'éditeur, la galerie n’est liée à aucune technique ni ne privilégie aucun média, mais notre volonté de participer à l’accessibilité de l’art contemporain, par l’édition de multiples, nous a rapidement fait croiser le chemin de photographes. Nous partagions en effet les mêmes questions de production et de diffusion, et parfois celles de l’accessibilité. Nous avons travaillé avec des photographes de générations, de notoriétés, de nationalités et même d’univers différents. Chacun de ces photographes a su inventer le monde qu'il nous révélait, participant ainsi à faire de la photographie un art. Car si tous ces artistes entretiennent un lien étroit avec nos expériences communes, c'est chaque fois en inventant des vues nouvelles. L'acte de photographier n'est pas ici une visée du réel, qu'il s'agira de transmettre, mais une vue, qui révélera un rapport singulier au monde. C'est qu'il s'agit moins, en art, de témoigner du monde que de partager une expérience singulière du monde. Une façon d'affirmer qu'il n'est de monde commun que dans le partage de mondes singuliers. Nous tenions aussi à attirer votre attention sur l’œuvre d’un jeune photographe thaïlandais, Viriya Chotpanyavisut. Il produit une photographie qui sait renouveler notre regard intime sur le monde commun (et tout à l'inverse, mais sans paradoxe, renouveler notre regard commun sur la perception intime). Gageure dont la proposition paraît inatteignable, dans une culture où l'expérience intime et publique deviennent peu à peu indiscernables, et que Viriya Chotpanyavisut tient pourtant !
Liste des artistes : 
Lewis Baltz, Julien Carreyn, Viriya Chotpanyavisut, Peter Downsbrough, Bill Owens, Atiq Rahimi.